«Vols à la ruse» : quand les faux policiers pillent les seniors

Des escrocs qui se déguisent en policiers n’hésitent pas à se présenter aux domiciles des personnes âgées pour les voler. En procédant à trois ou quatre, ils ont tout le temps le même modus operandi.

Les «vols à la ruse» ne cessent d’augmenter dans le pays. Et de plus en plus, ce sont des policiers qui opèrent, du moins de faux policiers ! Les escrocs se déguisent en effet en agents de forces de l’ordre, mais aussi en plombiers ou agents des eaux et détroussent à la chaîne des personnes âgées chez elles, en leur présence. Chaque mois en France ont lieu en moyenne plus de 730 de ces vols dits «avec ruse». En 2022, 7 860 vols de ce type ont été recensés au niveau national, selon une source policière, pour les deux tiers en milieu urbain. A ce bilan s’ajoute pour la seule zone de Paris et sa petite couronne un millier de vols chez l’habitant ou dans un entrepôt, selon la préfecture de police.

Mardi devant le tribunal correctionnel de Paris, c’est un quatuor d’escrocs présumés qui comparaît : Nicolas D., artisan, Tony D. qui fait les marchés, Marcel, paysagiste, et son père Georges V., un retraité malvoyant et large d’épaules. Tous sont sous contrôle judiciaire, et taiseux. Ils sont poursuivis pour complicité ou vols aggravés par trois circonstances : en réunion, avec usurpation de la qualité d’un dépositaire de l’autorité publique et dans un lieu d’habitation. Les victimes ont entre 83 et 96 ans au moment des faits, en 2019. Parmi elles, une dame «un peu sourde», un homme vouté par l’arthrose et une figure de l’émission «Cinq colonnes à la Une».

Toujours à trois ou quatre

L’une a été abordée au retour de courses, d’autres sont sollicitées directement dans leur appartement. A chaque fois, un même modus operandi. Un premier homme, en uniforme, s’introduit dans l’immeuble de la victime. Suivent deux complices, têtes baissées avec lunettes de soleil et casquettes, ou abritées sous un grand parapluie de golf noir. Dans la rue, le quatrième larron attend, au volant d’une voiture. Sur le pallier de la victime, le premier prétexte un relevé de compteur d’eau, ou une suspicion de fuite dans la salle de bain en raison de travaux dans le quartier, et s’introduit dans l’appartement. Quelques minutes plus tard les deux prétendus policiers se présentent, d’«assez grandes» cartes de fonctionnaires à l’appui, d’ancien modèle. Ils assurent rechercher un faux agent et invitent la victime à vérifier que rien de valeur n’a été dérobé.

A leur départ, après parfois une simulation d’arrestation, la victime ne peut que constater la duperie. Ici un vase, une carte bancaire, une pièce en or napoléon envolés, là une enveloppe avec 10 000 euros ou une bague de fiançailles sertie d’un saphir. Les images de vidéosurveillance permettront de remonter jusqu’aux quatre hommes, qui nient en bloc. La fille d’un couple réclame plusieurs milliers d’euros pour les préjudices moraux subis par ses parents, sa mère «terrorisée à l’idée d’être séquestrée par des hommes», son père «obsédé par la fermeture des portes».