En Russie, « la sévérité des précipitations s’explique par le contenu en eau précipitable de la masse d’air. Les anomalies de température de surface de la mer (SST) dans le Pacifique Nord-Ouest jouent ici un rôle de carburant. Une couche limite marine plus douce favorise une évaporation intense, chargeant le flux dépressionnaire en vapeur d’eau bien au-delà des normes hivernales habituelles, explique le météorologue Pierre Huat de Weather Solutions. Cependant, le facteur déterminant qui transforme une tempête de neige classique en un événement record est le forçage orographique. Le Kamtchatka est une barrière volcanique dressée face au flux dominant. L’air humide est contraint de s’élever brutalement pour franchir les reliefs », la vapeur d’eau se condense et cela aggrave l’intensité des chutes de neige. En résumé, « cet événement confirme que le réchauffement des océans peut paradoxalement conduire à des épisodes hivernaux plus extrêmes par augmentation du potentiel précipitable », annonce le météorologue.
Aux États-Unis, les régions les plus impactées par la neige et le froid n’ont rien de surprenant dans un contexte marqué par la phase La Niña : cette phase modifie la trajectoire du jet stream et entraîne des hivers plus enneigés sur le nord et l’est du pays. C’est également lors des phases La Niña que l’on retrouve en général de terribles blizzards associés à l’effet de lac, car l’eau des Grands Lacs est plus douce que la normale et cela créé un contraste très fort avec l’air froid qui descend des pôles : c’est exactement ce qui s’est produit ces derniers jours près du lac Michigan.
La présence étendue de la neige en Europe n’a rien d’anormal, même si une telle superficie enneigée est devenue inhabituelle depuis une vingtaine d’années. Les chutes de neige ont tendance à nous surprendre de plus en plus, mais « la neige n’est pas incompatible avec le réchauffement climatique. Elle peut même en être une conséquence indirecte : un air légèrement moins froid mais beaucoup plus humide peut produire des épisodes neigeux marqués. Le changement climatique ne fait pas disparaître l’hiver, il en modifie les conditions et les extrêmes », précise Davide Faranda, climatologue au CNRS-IPSL.
Et si notre regard se porte naturellement vers les conditions météo les plus froides ces temps-ci (car la douceur nous étonne de moins en moins), il est aussi bon de prendre un peu de recul.
Les anomalies de températures dans le monde ce lundi 19 janvier : en bleu plus froid que la moyenne, en rouge plus chaud que la moyenne. © Climate Reanalyzer
Les cartes d’anomalies de températures nous permettent de constater que la totalité de l’hémisphère nord n’est pas dans le froid, mais qu’il y a encore de nombreuses zones bien plus chaudes que la normale.






